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Les fêtes égyptiennes

Les fêtes sacrées ou le temps des dieux



Danseuses et musiciennes se produisant à proximité d'abondantes réserves de vin, fresque de la tombe de Nebamon, Nouvel Empire (British Museum)

Les Egyptiens ne possédaient pas moins de 105 jours fériés par an. Ce temps sacré, réservé aux dieux, rythmait la vie quotidienne et leur laissaient beaucoup de temps libre pour organiser des fêtes. Il existait donc en moyenne au moins deux fêtes par semaine ! Le calendrier égyptien est divisé en 3 saisons de 4 mois, nommées Akhet, Peret et Chemou. Chacune de ces saisons correspond respectivement à l’inondation du Nil, à la germination et aux moissons. Ces événements naturels, très importants dans la vie des Egyptiens, donnent lieux à de nombreuses fêtes.


Le service du vin auprès des dames invitées, fresque de la tombe de Nebamon

La plupart de ces festivités étaient liées soit à l’agriculture (moissons, crues…) soit aux événements royaux (couronnement, jubilés…) ou soit directement à la religion (fête de Min, de Bastet…). Toutes ces cérémonies à caractère sacré permettaient de faire revivre les événements fondateurs de la civilisation égyptienne, qui se situaient à une époque mythique où le monde des hommes et celui des dieux ne faisait qu’un.


La récolte sacrée lors de la fête du dieu du Nil Hâpy, pharaon est représenté adorant Hâpy et récoltant la moisson, Temple de Medinet Habou, règne de Ramsès III

La plupart de ces fêtes duraient plusieurs jours, voire plusieurs semaines comme celle d’Opet. Celle-ci avait lieu quand le Nil était au plus haut. Les statues du dieu suprême Amon-Rê, de sa femme Mout et de leur fils Khonsou étaient transportées du grand temple de Karnak, situé au Nord de la capitale Thèbes, dans différentes barques navigant sur le Nil. Elles étaient suivies par la barque du couple royal. Arrivées à Thèbes, les barques étaient amenées à l’intérieur du temple de Louxor, appelé en ancien égyptien Ipet-resyt, c'est-à-dire le "Harem méridional d'Amon". Cette fête, durant laquelle on commémorait le mariage sacré d’Amon et de son épouse (la hiérogamie) était aussi connue sous le nom de « fête de la renaissance ». La fête d’Opet, qui célébrait la fécondité du couple divin comme celle qui allait suivre la crue du fleuve, durait ainsi plus de trois semaines, puisqu’au total on comptait 24 jours de festivités !


Acrobate, ostracon du Nouvel Empire (Musée de Turin)

Mais d’autres fêtes rythmaient la vie des Egyptiens. Ainsi la fête de Bubastis, qui était l’une des plus importantes à la Basse Epoque. On y célébrait Bastet, la déesse de la fécondité et de l’amour, en même temps, là-aussi, que la crue du Nil. A cette occasion, le peuple profitait beaucoup des plaisirs de la vie comme le raconte l’historien grec Hérodote, lors de son voyage en Egypte :


« Lorsqu'ils se rendent à la ville de Bubastis, ils agissent ainsi : les hommes et les femmes se déplacent ensemble, un grand nombre des deux sexes dans chaque bateau. Quelques femmes ont des crécelles et les agitent. Les hommes jouent de la flûte pendant tout le trajet, et les autres femmes et hommes chantent et frappent dans leurs mains. Lorsqu'au cours du voyage ils entrent dans une autre ville, ils approchent de la rive avec leur bateau et se conduisent comme suit. Certaines femmes font ce que j'ai indiqué, les autres cependant raillent tout haut les femmes de cette ville, d'autres encore dansent ou restent debout et retroussent leurs jupes. C'est ce qu'elles font dans chaque ville le long du fleuve. Lorsqu'ils arrivent à Bubastis, ils célèbrent la fête en présentant des offrandes importantes, et plus de vin de vigne est consommé pendant cette fête que durant tout le reste de l'année. Tous les hommes et les femmes se rassemblent, et sans compter les enfants, ce sont sept cents milles personnes, comme le rapportent les gens du pays ».
Histoire, II-60


Convive "indisposé", fresque du Nouvel Empire (Musée royal de Bruxelles)

En outre le fait de beaucoup boire pendant la fête de Bubastis permettait aux Egyptiens de communier avec la déesse Bastet. En effet, selon l’un des mythes fondateurs de l’Egypte ancienne, le dieu Rê régnait à l’origine sur les hommes et les dieux, le ciel n’étant pas séparé de la terre. Un jour, les hommes se révoltèrent contre leur monarque. Rê pour se venger envoya sa fille Hathor, sous la forme de la lionne Sekhmet, massacrer les hommes. Puis le dieu-roi se ravisa et envoya le dieu Thot calmer sa fille, partie en Nubie. Ce dernier réussit à endormir la fille de Rê par un subterfuge en la faisant boire. Hathor à son réveil fut de meilleure composition et prit la forme de la chatte Bastet et retourna en Egypte. Rê et les dieux pardonnèrent aux hommes, mais montèrent au ciel, se séparant définitivement d’eux. Les « fêtes de l’ivresse » célébrées à travers toute l’Egypte en l’honneur de Bastet, d’Hathor, de Sekhmet et d'autres déesses apparentées, commémorent ce mythe de fondation et permettaient aux Egyptiens de se rapprocher momentanément des dieux par l’état modifié de conscience induit par l’orgie.

Durant ces « fêtes de l’ivresse », il était aussi consommé différentes plantes narcotiques et notamment du lotus bleu (Nymphaea caerulea). Cette fleur sacrée était à la fois un symbole de naissance car elle réapparaît chaque jour en sortant de l'eau au lever du soleil mais aussi un symbole de fertilité car elle possède des propriétés aphrodisiaques. Le lotus bleu se consommait de différentes façons, par exemple en aromatisant le vin. Le breuvage obtenu possédait alors une nouvelle propriété : il devenait, semble-t-il, un psychotrope comparable à l’ecstasy.

La mandragore (Mandragora officinarum), introduite au Nouvel Empire, était elle aussi utilisée pour ses vertus hallucinogènes.


A gauche, les convives vont consommer de la mandragore pendant que l'invitée de droite respire un lotus bleu, fresque de la tombe de Nakht, Nouvel Empire, Thèbes Ouest

D’autres célébrations pouvaient avoir lieu de manière plus privée. Par exemple, la fête d’Ouag qui est la fête des morts n’était commémorée qu’entre individus de la même famille. A cette occasion les membres de la famille vont honorer leurs morts en leur amenant des offrandes. On utilisait là aussi du lotus bleu. Cette fois-ci il n’était pas bien sûr utilisé pour ses vertus aphrodisiaques et narcotiques mais comme un symbole de renaissance. Il symbolisait la renaissance dans l’au-delà après la mort.


Représentation de la fête d'Ouag, Stèle de Mery, Moyen Empire, Musée du Louvre